Inflation ou déflation? – Revue 3e trimestre 2020

Inflation ou déflation?

Le portefeuille équilibré investi à 60% en actions et 40% en obligations a fait son boulot, en hausse de 3,1% (avant frais) pour le 3e trimestre et 3,4% depuis le début de l’année, malgré le repli du marché boursier en septembre. On aurait pu s’attendre à pire dans le contexte actuel.

Classes d’actifs Rendements en C$
3e trim. AÀD
Obligations[1] 0,5% 8,0%
Actions
·         Canadiennes[2] 4,7% -3,1%
·         Américaines[3] 6,6% 8,5%
·         Internationales (EAEE)[4] 2,5% -4,5%
·         Marchés émergents[5] 7,7% 1,7%

Tous les nuages ne sont pas dissipés pour autant. Les actions (américaines) se transigent présentement à près de 37X les bénéfices des entreprises, sans compter l’incertitude entourant l’évolution de ces bénéfices à l’aube de la deuxième vague de Covid-19. C’est cher par rapport à la moyenne historique.

De l’autre côté du portefeuille, le taux sur les obligations du gouvernement du Canada échéant dans 10 ans est d’à peine 0,50%. Autrement dit, les obligations sont chères elles aussi.

Des cours aussi élevés pour les actions et les obligations – sans parler de l’immobilier qui est en forte hausse depuis l’an dernier – reflètent en partie l’intervention des banques centrales qui, en plus de maintenir les taux d’intérêt très bas, impriment littéralement de l’argent pour acheter les obligations émises par les gouvernements afin de financer les déficits records résultant de la lutte contre la pandémie.

Et puis, il y a le risque que tout cet argent injecté dans le système mène éventuellement à une inflation galopante. Ceux que l’industrie aime appeler les gold bugs ont déjà conclu : il y aura une forte poussée inflationniste et on doit vendre nos obligations pour acheter de l’or afin de s’en prémunir. Cependant, comme on l’a déjà vu, la perception que l’or offre une protection contre l’inflation tient plus du mythe (bien entretenu par ces mêmes gold bugs) que de la réalité.

De toutes façons, la vérité est que personne ne sait si une poussée d’inflation s’apprête à frapper la planète économique. Il est vrai qu’en théorie, en injectant plus d’argent dans une économie qui roule à plein régime, on exercera tôt ou tard une pression à la hausse sur les prix. Sauf que justement, en ce moment, l’économie est loin de rouler à plein régime.

En fait, bon nombre d’investisseurs croient plutôt que la déflation (une baisse généralisée des prix) nous guette, à cause du vieillissement de la population combiné au choc pandémique. Ceux-là achètent des obligations à long terme de gouvernements pour se protéger d’une éventuelle déflation.

Inflation ou déflation, personne ne sait. Alors, on fait quoi?

Le bon vieux portefeuille 60-40

La réponse à cette question est simple : on ne fait rien – dans la mesure bien sûr ou notre portefeuille est bien diversifié et équilibré et qu’il correspond à notre horizon de placement. On doit en effet se rappeler le rôle que jouent les actions et les obligations dans un portefeuille.

Les actions servent à générer de la croissance et du revenu (plus de 3% de dividendes annuellement au Canada). Par ailleurs, comme elles se tirent assez bien d’affaires lorsqu’il y a de l’inflation, votre portefeuille d’actions compensera la baisse de la valeur de vos obligations causée par la hausse de taux d’intérêt qui résulterait d’une éventuelle poussée inflationniste. De plus, bien que leur rendement soit inférieur à long terme, les actions canadiennes ont tendance à mieux faire que les actions américaines en période de forte inflation – parce que les ressources et le pétrole y tiennent une place importante – incluant lors de la forte poussée d’inflation des années 70 (graphique 1). Votre maison vous procurera aussi une assez bonne protection contre l’inflation (graphique 2).

De leur côté, les obligations – surtout les obligations de gouvernement à assez longue échéance – sont d’abord et avant tout une police d’assurance pour votre portefeuille. S’il y a une récession prolongée ou de la déflation, les taux d’intérêt continueront de descendre – probablement jusqu’en territoire négatif – ce qui augmentera la valeur de vos obligations et compensera en partie la baisse de valeur de vos actions et de votre maison. Par exemple, une baisse de 1% des taux d’intérêt à long terme entrainerait une hausse d’environ 8% de la valeur de vos obligations. Pas trop mal comme protection.

Bien entendu, si les taux augmentaient plutôt que baisser, vos obligations perdraient de la valeur, mais dans ce cas, vos actions compenseraient sans doute largement pour cette baisse. C’est ça un portefeuille équilibré!

Pierre qui roule n’amasse pas mousse

Ce vieux proverbe trouve tout son sens dans la gestion de votre portefeuille et de votre plan financier. Dans sa gestion, Archer fait preuve de patience et laisse le temps travailler pour vous, alors que les gestionnaires actifs tentent de « battre le marché » en transigeant activement les titres dans le portefeuille. La majorité de ces gestionnaires actifs échouent lamentablement : les données dans le tableau suivant parlent d’eux-mêmes.

Archer vs gestionnaires actifs[6]
  6 mois 1 an 2 ans 3 ans AÀD
Portefeuille Archer 60-40 14,3% 4,2% 4,9% 4,6% 5,1%
Moyenne des gestionnaires actifs[7] 13,4% 2,1% 3,2% 3,2% 3,5%

Revue des marchés

Actions canadiennes : la hausse ralentie

La hausse du 2e trimestre a continué au 3e trimestre, jusqu’à ce que les actions se replient en septembre. Les actions canadiennes ont terminé le trimestre en hausse de 4,7%, incluant les dividendes.

Les secteurs industriel, des matériaux et de la consommation ont mené la hausse. Ça se comprend : ces secteurs sont les premiers à profiter de la reprise économique que le marché semble anticiper. Parmi les poids lourds de ces secteurs ayant contribué à la hausse, notons Nutrien  (potash, + 19,7% sur le trimestre), Teck Resources (matériaux de base, + 30,4%), Agnico Eagle Mines (or, + 22,0%), Alimentation Couche-Tard (+ 8,9%) et Métro (+14,1%).

Le secteur pétrolier en revanche, a tiré l’indice vers le bas. Suncor Energy (-29%) et Enbridge (pipeline qui pèse 3,5% de la bourse canadienne, -5,8% sur le trimestre) ont contribué à la contreperformance du secteur.

Bien qu’on ait beaucoup parlé de l’inscription de Lightspeed (+31,5%), dans le secteur de la technologie, c’est encore Shopify (+5,6%) qui a le plus contribué à la hausse à cause de son poids de 6,5% dans l’indice.

Secteur Rendements
S&P / TSX Composite S&P 500

(en USD)

Énergie -9,4% -19,7%
Matières 8,8% 13,3%
Industrie 13,2% 12,5%
Consommation discrétionnaire 7,8% 15,1%
Biens de consommation de base 8,6% 10,4%
Soins de santé (incluant cannabis) -14,4% 5,9%
Finance 2,8% 4,5%
Technologie de l’information 3,6% 12,0%
Communication 0,8% 8,9%
Services publics 9,9% 6,1%

Actions américaines : fin de la récréation?

Les bourses américaines ont terminé le trimestre en forte hausse (+8,9% pour le S&P 500).

Outre les titres technologiques, en hausse de 12% sur le trimestre, ce sont les mêmes secteurs qu’au Canada qui expliquent la performance de la bourse américaine : consommation de base et discrétionnaire (+10,4% et +15,1% respectivement), matériaux (+13,3%) et le secteur industriel (+12,5%). Les titres du secteur de l’énergie sont en baisse de 19,7% mais, contrairement au Canada, ils ne pèsent pas assez lourd aux États-Unis (seulement 2,1% du S&P 500) pour avoir une influence importante sur le rendement de l’indice.

Les actions de Tesla sont en hausse de 245% sur le trimestre, malgré qu’elles n’aient pas été admises dans l’indice S&P 500. Ce sont plutôt des titres comme Nvidia et AMD (technologie, +76% et +71% respectivement), ainsi que Fedex (+100%) qui ont porté le S&P 500 à la hausse.

Le mois de septembre semble cependant avoir sonné la fin de la récréation sur les bourses américaines. La volatilité y a en effet fait un retour en force, alors que l’indice NASDAQ (dominé par les titres de technologie) a connu des baisses quotidiennes de 3%, 4%, et même 5%, et a fait une incursion en territoire de correction (plus de 10% de baisse depuis son sommet) avant de remonter en fin de mois.

Outre les inquiétudes liées à la 2e vague de Covid-19 et l’impact qu’elle pourrait avoir sur l’économie et les profits des entreprises, ce sont les risques liés aux élections du 3 novembre qui causent de la nervosité sur le marché américain. Trump a non seulement exposé et exacerbé les divisions au sein de la société américaine, il a aussi démontré que leur démocratie est vulnérable aux attaques de populistes. Même si Joe Biden remporte la course à la présidence, il sera difficile de remettre le couvercle sur la marmite. Tôt ou tard, un Trump 2.0 émergera, le premier ayant montré le chemin.

Actions internationales : le Japon sauve la mise

Le portefeuille d’actions internationales a généré un rendement de 2,5% en CAD sur le trimestre.

À lui seul, le Japon a contribué 1,3% à ce rendement. Plus près de chez nous, la baisse de 4,6% des actions anglaises a été partiellement compensée par la hausse de la livre anglaise au cours du trimestre, de sorte que l’impact sur le portefeuille en CAD est négligeable.

À l’inverse, les pays nordiques (Suède, Danemark et Finlande), en hausse de 7 à 10%, ont vu leur impact sur le portefeuille être accentué par la hausse de leur devise face au CAD. Ces trois pays auront contribué à environ 0,9% du rendement de cette classe d’actif lors du troisième trimestre.

Marchés émergents : l’Asie mène le bal

Les marchés émergents ont généré un très bon rendement au 3e trimestre, en hausse de 7,7% en CAD. Ce résultat global masque cependant d’énormes différences entre 2 groupes distincts : les pays d’Asie (Chine, Taiwan, Corée et Inde) en hausse de plus de 10% et les autres pays, surtout en Amérique Latine, dont plusieurs ont connu de légères baisses de marché.

Les mouvements de devises expliquent une partie de la différence de rendement, les principales devises d’Asie s’étant appréciées de 2% face au CAD, alors que les devises du Brésil, de la Russie et de l’Arabie Saoudite se sont nettement dépréciées.

Les pays d’Asie ont aussi eu plus de succès dans la lutte contre la pandémie Covid-19, ce qui améliore leurs perspectives. Autre facteur de surperformance, les secteurs de la technologie et du commerce en ligne pèsent aussi plus lourd dans leurs bourses, un peu comme aux États-Unis.

Obligations : les taux sont stables

Notre portefeuille d’obligations a généré un rendement de 0,5% sur le trimestre et de 8,0% depuis le début de l’année. Le taux sur les obligations du gouvernement du Canada échéant dans 10 ans est demeuré très stable au cours du trimestre, oscillant entre 0,43% et 0,66%. Compte tenu du relatif optimisme qui prévaut sur les marchés boursiers, on aurait pu s’attendre à une tendance à la hausse des taux obligataires et donc une baisse de la valeur des obligations.

On tend à expliquer cette étonnante stabilité du côté des obligations par les achats massifs que font les banques centrales et leur objectif avoué de maintenir les taux d’emprunt bas. Comme on dit : don’t fight the fed. Les banques centrales ne sont cependant pas les seuls acheteurs. Investisseurs, petits et grands, achètent des obligations comme police d’assurance, même si elles génèrent peu de revenu courant. C’est ce qu’on appelle faire preuve de prudence et c’est toujours de mise!

[1] FTSE TMX Canada UniverseXM Bond Index
[2] S&P/TSX Capped Composite Index
[3] S&P 500 Index
[4] MSCI EAFE Index
[5] MSCI Emerging Markets Investable Market Index
[6] Données de plus de 1 an annualisées
[7] Source : Fundata, Catégorie: Équilibrés neutres Canadiens