Inflation quand tu nous tiens (2) – Revue du 2e trimestre 2021

On se souviendra que sont apparus au 1er trimestre de 2021 les signes avant-coureurs d’un retour de l’inflation. Cette tendance s’est confirmée au 2e trimestre alors que l’inflation s’est pointé le nez : 5,0% aux États-Unis et 3,6% au Canada en mai, sur une base annualisée.

Cette hausse marquée de l’inflation est le résultat de l’augmentation de la consommation de biens provoquée par le déconfinement aux États-Unis et ailleurs dans le monde, qui permet de finalement commencer à dépenser l’épargne forcée accumulée durant plus d’une année de pandémie.

Quiconque a tenté d’acheter un vélo, des meubles de jardin ou même une voiture récemment a pu constater qu’il y a rupture de stocks partout. Et pour cause, même si, globalement, les dépenses de consommation demeurent inférieures à leur niveau pré-pandémique (à cause de la baisse de consommation de services comme le tourisme, les restaurants et la culture), les achats de biens eux, sont en hausse de 11%.

La production et le transport de tous ces biens de consommation entrainent une hausse marquée de la demande de matières premières, qui se reflète dans leurs cours.

Ce qu’on ne sait pas à ce point-ci cependant est si cette poussée d’inflation sera temporaire – et s’essoufflera lorsque les dépenses des consommateurs ralentiront – ou si au contraire elle sera durable. La question est fondamentale pour la direction future des marchés financiers, autant pour les actions que pour les obligations.

Les signaux envoyés par les marchés boursier et obligataires sur la question de l’inflation sont contradictoires. Si les investisseurs anticipaient un retour durable de l’inflation on devrait observer une hausse des taux d’intérêt à moyen et long terme. Or, il n’en est rien. Le taux sur les obligations du trésor américain échéant dans 10 ans est en baisse de 0,30% sur le trimestre, à environ 1,44% (il est d’environ 1,39% au Canada). Les taux sur les obligations à long terme sont guères plus élevés : 2,06% aux États-Unis et 1,84% au Canada.

C’est donc dire que, pour le moment du moins, le marché obligataire ne semble pas anticiper que la poussée inflationniste sera durable. En fait, la baisse de taux pointe vers un ralentissement de la croissance économique. C’est une bonne nouvelle pour les investisseurs, le portefeuille obligataire ayant généré un rendement de 1,7% sur le 2e trimestre, après un premier trimestre négatif.

Le marché boursier lui, n’anticipe aucunement un ralentissement de croissance. Au contraire, la bourse a réagi très positivement aux prévisions d’augmentation marquée des bénéfices au cours des prochains mois. Les actions canadiennes sont en hausse de 8,5% sur le trimestre et 17,3% depuis le début de l’année. Les actions américaines et étrangères ont aussi connu un bon rendement mais la hausse du $C face au $US en a annulé une partie.

Classes d’actifs Rendements en C$
  2e trim. AÀD
Obligations[1] 1,7 -3,5
Actions
  • Canadiennes[2]
8,5 17,3
  • Américaines[3]
7,1 12,1
  • Internationales (EAEE)[4]
3,8 5,9
  • Marchés émergents[5]
4,2 5,7

Souhaitons que l’inflation ne vienne pas mettre fin aux festivités!

Revue des marchés

Actions canadiennes : énergie, banques et Shopify

Trois secteurs expliquent l’essentiel de la performance de 8,5% de la bourse canadienne au cours du trimestre : le secteur financier, l’énergie et la technologie. D’une part, les banques canadiennes ont profité de l’embellie économique pour accroitre leurs perspectives de profits, notamment en renversant une partie des provisions pour pertes sur prêts inscrites au plus fort de la pandémie. L’industrie des marchés des capitaux et de la gestion de patrimoine a aussi très bien performé, notamment CI Financial, en hausse de 25% sur le trimestre et 44% depuis le début de l’année.

Les titres du secteur de l’énergie ont réagi à la hausse du cours du pétrole, qui se transige à environ 75$ le baril en fin de trimestre, un prix qu’il n’avait pas atteint depuis 2014. L’accélération de la reprise économique et la reprise des voyages domestiques et internationaux font en sorte que la consommation de pétrole dépasse présentement la production. Les pays de l’OPEP+ se rencontreront en juillet pour discuter d’une éventuelle augmentation de la production. D’ici là, des pays comme les États-Unis puisent dans leurs amples réserves.

Finalement, un seul titre explique encore une fois la performance du secteur de la technologie : Shopify, qui a rebondi de plus de 30% sur le 2e trimestre après avoir annoncé d’excellents résultats au premier trimestre de l’année.


Secteur
Rendements
S&P / TSX Composite S&P 500

(en USD)

Énergie 12,6 8,2
Matières 6,5 3,6
Industrie -0,1 4,2
Consommation discrétionnaire 4,1 8,5
Biens de consommation de base 5,5 1,5
Soins de santé (incluant cannabis) -11,7 7,2
Finance 7,4 7,7
Technologie de l’information 23,0 11,9
Communication 9,1 10,8
Services publics 0,5 -1,4

Actions américaines : hausse marquée des profits

À environ 21, le ratio cours/bénéfice du S&P500 (basé sur l’estimation des bénéfices des prochains 12 mois) est toujours nettement plus élevé que sa moyenne à long terme. C’est quand même une baisse notable par rapport au niveau de plus de 23 atteint plus tôt cette année. Cette baisse du ratio cours/bénéfices est attribuable à la croissance soutenue des profits des entreprises : on prévoit une hausse de 60% des profits au 2e trimestre de 2021 (par rapport au trimestre correspondant l’an dernier) et 36% pour l’ensemble de 2021.

Contrairement au Canada, presque tous les secteurs ont contribué à la performance de la bourse américaine, menés par l’énergie, la technologie, la consommation discrétionnaire, les communications et l’immobilier. Alphabet, Apple et Microsoft, notamment, ont connu de fortes hausses au cours du trimestre.

Bien que la bourse établisse de nouveaux records – ce que, bon an mal an, elle fait 7% des jours ouvrables – il est probable que le marché ait entamé une nouvelle phase et que le rebond post-covid soit derrière nous. Les prévisions d’augmentation de profits futurs qui sous-tendent les valuations élevées actuelles devront se matérialiser pour que la tendance haussière se maintienne, ne serait-ce qu’à un rythme moindre.

On peut facilement imaginer des scénarios qui mèneraient à une correction boursière : une nouvelle vague de covid-19 causée par un nouveau variant pourrait ternir les perspectives. Une poussée inflationniste qui amènerait les banques centrales à resserrer la politique monétaire pourrait aussi provoquer un taper tantrum comme en 1993. Si une correction majeure survient, ce sera l’opportunité pour l’investisseur à long terme de vendre des obligations pour réinvestir en actions.

Actions internationales : l’Europe va bien

La résilience du secteur financier a contribué à une bonne performance des marchés européens au second trimestre, notamment la France (+8,1%) et la Suisse (+9,5%).

Après un bon premier trimestre, le Japon a fait du sur place au second (+0,2%), probablement en raison de la piètre performance de son programme de vaccination contre la Covid-19.

Les mouvements de devises ont eu beaucoup moins d’impact qu’au premier trimestre mais ont quand même soustrait environ 1,5% de rendement en $C.

Marchés émergents : la Chine à la traine

À l’exception du Brésil (+21,1%), qui a rebondi après un premier trimestre négatif, les grands marchés émergent ont généré des rendements inférieurs aux marchés développés.

La Chine notamment fait un piètre rendement au 2e trimestre et depuis le début de l’année (+1,9%). En $C, son rendement est de -1,0% sur l’année. La dette excessive a plombé les secteurs du développement immobilier et de la finance et les autorités ont sévi contre les secteurs de l’éducation et de la technologie.

Obligations : contre toutes attentes, les taux baissent

On se serait attendu que le retour de l’inflation entraine une hausse des taux d’intérêt à moyen et long terme, les investisseurs exigeant d’être compensés pour l’érosion de leur capital. Or, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Les taux sur les obligations du Trésor américain échéant dans 10 ans est de 1,44%, en baisse de 0,30% sur le trimestre. Il est de 1,39% au Canada.

Même les spéculations sur le début de la fin des achats d’obligations par la Fed américaine – la Banque du Canada a déjà diminué les siens – ne suffit pas à diminuer leur attrait pour les investisseurs. Leur cours monte et, inversement, les taux descendent.

Clairement, le marché obligataire est – encore une fois – en désaccord avec le marché boursier. Il semble anticiper un ralentissement de la croissance économique et ne perçoit pas de risque du côté de l’inflation.

Ceux qui se défont de leurs obligations – parce qu’elles procurent un rendement courant de « seulement » 1,4% (ou 2,5% en y ajoutant quelques obligations corporatives) – pour tout miser sur le marché boursier le font à leurs risques et périls. L’investisseur avisé conserve ses obligations sachant quelles constituent une police d’assurance dans son portefeuille.

[1] FTSE TMX Canada UniverseXM Bond Index

[2] S&P/TSX Capped Composite Index

[3] S&P 500 Index

[4] MSCI EAFE Index

[5] MSCI Emerging Markets Investable Market Index