Le mythe des actions à dividende élevé

Certains mythes ont la vie dure.

Dans son édition du 19 décembre, La Presse reproduisait un texte de La Presse Canadienne intitulé « Les actions à dividende, une protection contre l’inflation ». Une gestionnaire de portefeuille citée dans l’article nous dit que les actions à dividende élevé constituent l’alternative de choix pour les investisseurs cherchant un revenu régulier dans un contexte de faibles taux d’intérêt sur les certificats de placement garantis (CPG) et les obligations de gouvernements. Elles offriraient même une protection contre l’inflation, à cause justement de leur rendement élevé.

Les arguments en faveur des actions à dividende élevé sont intuitivement attrayants : les dividendes versés par les entreprises cotés en bourse sont une source de revenus généralement stables malgré les soubresauts des marchés et de l’économie. Pour celle ou celui qui cherche à tirer un revenu régulier de son portefeuille, les actions à dividende semblent donc être une bonne solution.

Mais voilà, nos intuitions nous servent quelques fois très mal en placement.

C’est le rendement total qui compte

Premier mythe à déboulonner : c’est le rendement total du portefeuille d’actions qui compte pour l’investisseur, même celui qui cherche du revenu. Ce rendement est constitué en partie des dividendes versés par les compagnies, mais aussi et surtout de l’appréciation du cours de leurs actions en bourse. Ainsi, à trop miser sur les dividendes, on risque fort de réaliser un rendement inférieur, soit en excluant du portefeuille les compagnies à forte croissance dont les actions montent en bourse (Tesla et Shopify ne versent pas de dividende!) ou pire encore, en achetant des actions de compagnies incapables de maintenir leur dividende à moyen ou long terme.

Le graphique suivant compare l’évolution en bourse depuis 5 ans du fonds négocié en bourse iShares à dividende élevé (XEI) et du FNB iShares S&P/TSX composé de la bourse canadienne (XIC). Non seulement le rendement de XEI (dividende inclut) a-t-il été 1,6% annuellement inférieur à celui de XIC (8,2% vs 9,8%), mais son cours a aussi chuté plus fortement lors de la baisse de marché de février-mars 2020 (-39% pour XEI vs -32% pour XIC).

Appliquée à la bourse américaine, cette stratégie qui consiste à sélectionner les titres à dividende élevé a généré des rendements annuels presque 10% moins élevés que l’indice S&P 500 depuis 5 ans.

 S&P 500Actions à dividende élevéDifférence
Rendement annuel 5 ans18,5%8,9%- 9,6%
Valeur de 10 000$ investis23 366$15 316$- 8 050$

Protection contre l’inflation?

L’argument que les actions à dividende offre une meilleure protection contre l’inflation est lui aussi pour le moins douteux. En effet, les actions à dividende élevé sont plus sensibles aux variations de taux d’intérêt, puisque ces compagnies ont souvent un ratio d’endettement plus élevé, ce qui grève leurs résultats lorsque les taux d’intérêt montent. Les investisseurs ont aussi tendance à les délaisser pour acheter des obligations lorsque les taux montent, ce qui fait chuter leur cours. Comme l’inflation est généralement accompagnée d’une hausse des taux d’intérêt, mieux vaut donc miser sur les actions ordinaires que sur celles à dividende élevé.

Impôts et frais

On le sait, l’impôt et les frais grugent une partie importante des rendements et donc du revenu net de l’investisseur. Ici aussi, les actions à dividendes sont désavantagées. D’une part, les dividendes sont souvent plus imposés que les gains en capital lorsque versés dans un compte non-enregistré. D’autre part, un portefeuille d’actions à dividendes requiert une gestion active (pour remplacer les actions qui ne rencontrent plus les critères de sélection) qui force le fonds à réaliser ses gains et ses détenteurs à les inclurent dans leur revenu imposable. Les actions ordinaires, par contraste, versent moins de dividendes imposables et ne nécessitent aucune gestion active, ce qui permet de reporter les gains imposables souvent pendant des décennies.

La gestion active d’un fonds à dividende entraine aussi des frais plus élevés (0,22% pour XEI contre 0,06% pour XIC) qui grèvent le rendement de l’investisseur.

Et les obligations?

La gestionnaire citée dans l’article de La Presse a raison sur au moins un point : les CPG et les obligations n’offrent pas de protection contre l’inflation. Si l’inflation persiste aux niveaux actuels, leurs détenteurs réaliseront effectivement des rendements à terme négatifs, après inflation. On ne doit pas pour autant vendre nos obligations pour tout investir en actions – à dividende ou non. Le rôle des obligations est plutôt d’offrir une protection contre l’autre grand risque : la désinflation ou son cousin germain, la déflation. Et le rendement courant d’un portefeuille d’obligations – incluant une portion raisonnable d’obligation de société – se compare avantageusement aux dividendes d’un portefeuille d’actions ordinaires, soit environ 2,8%.

En conclusion, si vous chercher à optimiser le rendement de votre portefeuille après frais et après impôt – que ce soit pour générer un revenu de retraite ou faire croitre votre capital à long terme – misez sur un bon mixte d’actions ordinaires de toutes capitalisations et d’obligations de qualité. Ces 2 classes d’actifs sont accessible en FNB à faible coûts. Au moment de faire un retrait de votre portefeuille, il vous suffira de liquider une partie de vos FNB de façon à générer les liquidités requises et vous rapprocher de votre répartition cible.

Si ça vous semble trop compliqué, un bon gestionnaire de portefeuille se fera un plaisir de le faire pour vous!