Les obligations, ces mal-aimées!

Le variant omicron de la Covid-19 a causé d’importants soubresauts en bourse et on doit s’attendre à ce que cette volatilité perdure tant qu’on n’en saura pas plus sur ce variant, les mesures qui devront éventuellement être mises en place pour le contrer et l’impact sur l’activité économique. Les marchés boursiers seront donc sous haute surveillance dans les prochaines semaines.

Cela dit, la bourse ne constitue que la moitié de l’histoire. Le marché des obligations nous envoie des signaux qui sont tout aussi importants – sinon plus importants encore que la bourse – pour la gestion de notre portefeuille et notre plan financier. Et les messages en provenance du marché obligataire semblent souvent en contradiction avec ceux émanant du marché boursier. Pour bien le comprendre, on doit rappeler deux notions de base :

  1. La valeur d’une obligation est inversement liée au niveau des taux d’intérêt[1]
  2. Les taux d’intérêt quant à eux sont directement liés aux anticipations d’inflation[2]

C’est pour ces raisons que les obligations ont tendance à descendre lorsque les anticipations d’inflation augmentent. En contrepartie, elles constituent une protection contre les ralentissements économiques, qui sont généralement accompagnés d’une baisse du taux d’inflation, voire de déflation.

Remarquez que ce sont les anticipations d’inflation qui poussent les taux d’intérêt à la hausse plutôt que l’inflation elle-même. C’est ce qui explique que le taux d’intérêt (appelé « rendement à échéance ») sur les obligations du Gouvernement du Canada ne soit que de 1,5% environ, alors que l’inflation au cours de la dernière année a été de 4,7%. Il semblerait donc que les investisseurs dans le marché obligataire n’aient pas venu venir l’inflation[3] ou qu’ils n’anticipent pas qu’elle sera durable.

Même si la poussée d’inflation devait être durable, il n’est pas totalement exclu que le rendement à l’échéance des obligations demeure aux niveaux actuels. C’est ce qui s’est produit dans les années 40. Les taux sur les obligations du trésor échéant dans 10 ans étaient restés sous la barre des 2,5% pendant toute une décennie alors que l’inflation annuelle moyenne était de 5,6% (voir graphique).

Comme on l’a vu dans notre dernière lettre trimestrielle, il y a sans doute des facteurs qui expliquent que la demande pour les obligations de gouvernements demeure élevée et que, conséquemment, les taux demeurent bas malgré l’inflation qui pointe.

Une chose est certaine cependant, des taux aussi bas sur les obligations indiquent que, malgré l’optimisme apparent qui prévaut sur les marchés boursiers, les investisseurs se gardent une petite gêne en achetant une bonne dose d’obligations. C’est un peu l’équivalent de toujours souscrire à une police d’assurance sur sa maison ; il serait très imprudent de ne pas le faire!

Comme le propriétaire qui renouvèle sa police d’assurance même quand les primes augmentent, Archer conserve toujours la cible d’obligations (et d’actions) définie dans la politique de placement de chacun de ses clients.  Nous rééquilibrons systématiquement les portefeuilles lorsqu’ils s’éloignent de cette cible. C’est ainsi que nous avons vendu des obligations pour acheter des actions pour nos clients dans le creux du marché boursier en février 2020 et que nous avons revendu une partie de ces actions après la hausse.

L’expérience des 100 dernières années démontre que cette approche très disciplinée est celle qui offre les meilleurs rendements à long terme.

[1] C’est normal. Une obligation d’une valeur de 100$ qui paie un « coupon » d’intérêt annuel de 3$, a un rendement (courant) de 3%. Si soudainement les taux d’intérêt dans le marché baissent à 2%, un éventuel acheteur cherchant un rendement de 2% sera prêt à offrir nettement plus que 100$ pour cette obligation. Le nouveau cours de l’obligation dépendra de sa « duration ». Dans notre exemple, le cours d’une obligation typique échéant dans 10 ans et ayant une duration de 8 passerait de 100$ à environ 108$, un gain de 8% qui s’ajoute au coupon de 3% pour l’année.

[2] Puisque l’inflation érode la valeur du capital (i.e., son pouvoir d’achat), l’investisseur exigera un taux d’intérêt plus élevé en guise de compensation.

[3] Le marché s’est quand même partiellement ajusté puisque le rendement à échéance des obligations est passé de 0,5% à 1,5% depuis l’an dernier.