La vraie révolte des petits investisseurs

Oubliez Gamestop, AMC, Robinhood et Reddit. C’est ici que se passe la vraie révolte des petits investisseurs.

On apprenait dans La Presse récemment que Desjardins fait face à une demande d’action collective de la part d’investisseurs qui l’accusent de leur avoir imposé des frais injustifiés sur leurs fonds communs de placement depuis 2005. Deux autres banques canadiennes (RBC et TD) font face aux mêmes accusations.

Il était temps!

En effet, le stratagème allégué dans ces 3 poursuites est connu depuis longtemps : la majeure partie des actifs des fonds mutuels n’est pas « gérée » activement. Au contraire, ils répliquent tout simplement l’indice boursier. Déjà en 1992, il avait été démontré que 97% du rendement du plus grand fonds mutuel au monde à l’époque (le fonds Magellan de Fidelity) n’était rien d’autre que la réplication de l’indice[1]. Les choses ne se sont pas améliorées par la suite puisqu’en 2004, c’est 99% du rendement de ce fonds qui répliquait l’indice!

Pourquoi diable les investisseurs tolèrent-ils qu’on leur « passe un indice » alors qu’on leur charge plus de 2% de frais? Tout simplement parce qu’ils ne le savent pas! Vous savez comment ça se passe : c’est la saison des REER et vous entrez dans votre succursale bancaire pour demander conseil sur vos placements. Votre « conseiller » vous propose une solution toute faite pour vos besoins : le fonds mutuel géré par cette même banque et qui convient à votre profil d’investisseur. Bien sûr, on vous invite à lire le prospectus mais il fait 300 pages! De toute façon, vous vous dites que si votre banquier vous propose ce fonds en particulier, c’est que ce doit être celui qui sert le mieux vos intérêts.

Erreur!

Au Canada, les institutions financières doivent vous offrir un produit qui « convient » à votre profil mais n’ont généralement pas l’obligation de vous offrir celui qui est dans votre meilleur intérêt. Quelle est la différence? Des frais annuels de 1% à 2% trop élevés. En effet, les frais sur le fonds mutuel moyen au Canada sont d’environ 2% annuellement, alors qu’on peut investir dans un fonds négocié en bourse – qui détient essentiellement les mêmes titres que le fonds de la banque – pour lequel les frais sont aussi bas que 0,05%. À long terme, ce peut être près de 50% de votre rendement qui s’envole ainsi en frais. La différence entre une retraite confortable et la petite vie sur balconville!

L’autre grande question qu’on doit poser est pourquoi ces gestionnaires ne tentent-ils pas d’offrir un rendement supérieur à l’indice en gérant activement leurs fonds? La réponse est tout aussi simple : ils en sont incapables! Il suffit en effet de regarder les résultats pour vous en convaincre : 97% des fonds mutuels d’actions canadiennes ont offert un rendement inférieur à l’indice depuis 5 ans[2]. Sans grande surprise, leur rendement annuel moyen est environ 2% de moins que l’indice. Normal : ils achètent les mêmes titres que l’indice et chargent 2% de frais.

Souhaitons que la Cour supérieure du Québec accepte d’entendre la cause de ces investisseurs. En attendant, il ne manque pas d’alternatives aux fonds mutuels des institutions financières canadiennes. Pour la minorité des investisseurs qui sont vraiment autonomes, il est possible de constituer un portefeuille diversifié de fonds négociés en bourse chez un courtier à escompte sans même avoir à payer de commission. Pour la majorité des investisseurs – ceux qui ne peuvent se passer d’un conseiller pour élaborer et mettre place leur plan financier –   il existe des conseillers en placement indépendants qui, contrairement à votre banquier, ont l’obligation de toujours agir dans votre meilleur intérêt. Joignez la révolte!

[1]Measuring the True Cost of Active Management by Mutual Funds, Ross. M. Miller, Journal of Investment Management, Vol. 5, No. 1, (2007), pp. 29–49

[2] SPIVA® Statistics & Reports, au 30 juin 2020