Le prix à payer pour juguler l’inflation

Tel qu’on le mentionnait dans notre Commentaire du 2e trimestre, le marché boursier anticipe somme toute assez bien les récessions. À en juger par la baisse marquée des bourses mondiales en septembre, il semble que les probabilités d’une récession aient considérablement augmenté.

Après une hausse importante en début d’été, les cours boursiers sont en forte baisse depuis la mi-août. Pour le trimestre dans son ensemble, la bourse américaine est en baisse de 4,9% (mais en hausse de 1,2% en CAD, compte tenu de la forte hausse du dollar américain) et la bourse canadienne de 1,4%.

Cette baisse est attribuable aux signaux clairs en provenance de la Federal Reserve américaine : elle augmentera son taux directeur et resserrera le crédit jusqu’à ce que l’inflation descende sous la barre des 2%, quitte à provoquer une récession s’il le faut. Les marchés ont compris le message et s’activent maintenant à revoir à la baisse les prévisions de croissance de profit des entreprises, ce qui explique la baisse des cours.

La hausse du taux directeur de la Federal Reserve a aussi dopé le dollar américain, en hausse de 18% en 2022 par rapport à un panier de devises internationales. Il est en hausse de près de 8% face au dollar canadien. Le même panier de devises (Euro, Yen, Livre sterling notamment) a perdu 10% de valeur par rapport au dollar canadien, ce qui a affecté la valeur des placements des investisseurs canadiens sur les marchés internationaux.

Du côté des obligations, les investisseurs canadiens ont eu un peu de répit au 3e trimestre, avec un rendement légèrement positif (0,5%), ce qui aide à stabiliser le portefeuille équilibré.

Malgré cette légère embellie du côté obligataire, les portefeuilles équilibrés d’actions et obligations ont subi une baisse d’environ 15% depuis le début de l’année. Il faut retourner à la crise financière de 2008 pour trouver d’aussi mauvais rendements.

Faut-il s’inquiéter?

Personne ne peut prédire la direction des marchés au cours des prochaines semaines et des prochains mois. Si Joe Biden a raison, et qu’une éventuelle récession est légère (« mild »), il est possible que la bourse américaine ait atteint son creux. Si au contraire une récession majeure se dessine, la baisse pourrait continuer un moment, l’indice S&P500 cédant en moyenne 35% lors des récessions depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans ce dernier cas, les obligations amortiraient sans doute la baisse de valeur du portefeuille.

Si vous êtes à la retraite, votre plan et vos projections prennent en compte le fait que votre portefeuille subira occasionnellement de telles baisses de valeur. Tôt ou tard, les actions et les obligations dans votre portefeuille recouvreront leur valeur et, à long terme, elles offriront le rendement qui est la base de votre plan financier. En attendant, elles continueront de générer les dividendes et l’intérêt dont vous avez besoin.

Si vous êtes plutôt en phase d’accumulation d’actifs en prévision de la retraite, cette baisse est pour vous l’opportunité d’acheter des actions et obligations à des cours attrayants. Conservez votre discipline d’épargne et d’investissement. Mieux encore, si vous avez des liquidités qui dorment dans un compte de banque, pensez les investir.

Si vous avez quelque doute sur la solidité de votre plan financier, parlez-en à votre conseiller. C’est son boulot de vous guider à travers les fluctuations de marchés et de vous rappeler l’importance de demeurer discipliné.

Revue des marchés

Actions canadiennes : pétrole en baisse

La bourse canadienne a subi un recul de 1,4% sur le trimestre (-11,1% pour l’année à date).

Le secteur de l’énergie est en baisse de 6,4% sur le trimestre. Le prix du baril de pétrole a chuté de près du quart, à 79,49$ au cours du trimestre, la récession anticipée faisant craindre une baisse de la demande. Cela dit, ce secteur demeure en hausse de 15,6% pour l’année, ce qui explique que la bourse canadienne connaisse l’une des meilleures (moins pires) performances parmi les marchés développés.

Plus important secteur de la bourse canadienne, la finance (principalement les banques) est aussi en baisse de 2,2%. Pour les banques, une récession engendrerait des pertes sur prêts plus importantes, ce qui ferait pression sur les profits. Par ailleurs, le marché n’a pas vu d’un bon œil que la Banque Scotia nomme un PDG provenant du secteur des équipements industriels, engendrant une baisse du cours de l’action de 13,8% sur le trimestre.

Paradoxalement, les titres des secteurs de la consommation sont en légère hausse sur le trimestre. Il semble que jusqu’ici, les consommateurs demeurent optimistes. YOLO!

Actions américaines : on n’aime pas les bonnes nouvelles!

Après en être brièvement sorties, les actions américaines sont retournées en territoire de marché baissier, avec une baisse de 24,3% depuis leur sommet de janvier. La forte hausse du dollar américain face au dollar canadien a cependant compensé une partie de cette baisse. L’investisseur canadien a donc fait un rendement de 1,2% sur le trimestre et -17,5% depuis de l’année sur son portefeuille d’actions américaines.

C’est la détermination de la Federal Reserve à lutter contre l’inflation – exprimé sans équivoque depuis la mi-août – qui cause cette rechute du marché américain. Dans un contexte de lutte contre l’inflation, ce qui constitue normalement de bonnes nouvelles – tel que la baisse du taux de chômage, qui pousse les salaires à la hausse et nourrit malheureusement l’inflation – devient de mauvaises nouvelles pour le marché des actions. Elles forcent en effet la Federal Reserve à continuer de resserrer sa politique monétaire (pour juguler l’inflation), ce qui augmente les risques de récession et de baisse des profits des entreprises.

Parmi les secteurs boursiers, la consommation discrétionnaire s’est démarquée en étant le seul à offrir un rendement positif (+2,5%), notamment dû aux dépenses de consommation qui ne semblent pas vouloir ralentir. Amazon et Tesla – qui constituent à elles seules plus de 45% du secteur – ont affiché des rendements respectifs de 6,4% et 18,17% après avoir annoncé des résultats supérieurs aux attentes. Le cours de leurs actions demeure cependant en baisse de 32,2% et 24,7% pour l’année.

La hausse de 25,5% du prix du gaz naturel au cours du trimestre a permis au secteur de l’énergie d’afficher à nouveau de bons résultats, avec un rendement de -0,9% sur le trimestre et +30,7% depuis le début de l’année.

Ce fut un autre trimestre difficile pour le secteur immobilier (-11,6%) alors que les taux hypothécaires ne cessent d’augmenter. Le taux fixe 30 ans a dépassé 6%, retournant ainsi à un niveau similaire à 2007. Les reventes de logement aux États-Unis ont diminué pour un 7e mois d’affilée. D’autre part, les permis de construction ont chuté à leur plus bas niveau depuis juin 2020. Cela explique aussi en partie le trimestre difficile pour le secteur des matériaux, en baisse de 8,8%.

L’immobilier n’est pas l’unique secteur écorché par la hausse des taux d’intérêt, alors que les secteurs des communications et des technologies de l’information affichent respectivement un rendement de -39,4% et -31,9% depuis le début de l’année.

Actions internationales : l’effet des devises

Comme les actions canadiennes, les actions internationales ont mieux résisté à la baisse que les actions américaines, soit -3,6% au cours du trimestre et -14,5% pour l’année. Cependant, compte tenu de la baisse de l’Euro, du Yen et de la livre sterling face au CAD, le rendement pour l’investisseur canadien est plutôt de -21,5% pour l’année.

Outre la guerre en Ukraine qui pèse lourdement sur l’Euro et le chaos politique qui règne en Angleterre, c’est l’attrait irrésistible du dollar américain (ou les taux d’intérêt sont les plus élevés de tous les pays développés) qui explique la faiblesse des autres devises mondiales.

Le fiasco du mini-budget présenté par la nouvelle première ministre anglaise, Liz Truss, a miné la confiance dans son gouvernement et, indirectement, dans la banque centrale qui a dû venir à sa rescousse en supportant un marché obligataire en pleine panique. Résultat, le taux d’emprunt du gouvernement anglais est en hausse de 1,35% et la livre sterling est à son plus bas niveau depuis 1985.

Marchés émergents : Chine et Taïwan

Les 2 plus importantes bourses émergentes (la Chine pèse 29% et Taïwan 17%, respectivement de l’indice MSCI Emerging Markets) ont connu un bien mauvais trimestre, entrainant l’ensemble de l’indice à la baisse, malgré la bonne tenue d’autres marchés comme l’Inde et le Brésil.

L’année difficile se poursuit pour les actions chinoises en baisse de 21,7% sur le trimestre et 29,5% cette année. Les exportations du pays pour le mois d’août étaient bien en deçà des attentes, notamment en raison de nouveaux confinements ainsi que des vagues de chaleur qui ont affecté la production de certaines usines. Ces facteurs internes combinés avec un décroissement de la demande mondiale font craindre que les exportations, moteur de croissance du pays, continuent à décevoir dans les mois à venir. L’immobilier – qui constitue entre 20% et 30% de l’économie chinoise – est aussi en pleine crise.

Plus grand producteur mondial de microprocesseurs, Taïwan subit les contrecoups de la baisse de la demande mondiale (après des années de pénurie!) et des restrictions aux exportations imposées par les États-Unis. Sa bourse est en baisse de 8,7% sur le trimestre et 30,3% pour l’année à date.

Obligations : un peu de répit

Malgré une baisse marquée en milieu de trimestre, le taux d’intérêt sur les obligations du gouvernement canadien a terminé là où il l’avait commencé, soit 3,2%. Après quelques trimestres plutôt éprouvants, les investisseurs ont donc eu un peu de répit, avec un rendement de 0,5% pour le 3e trimestre sur leur portefeuille obligataire.

Tout aussi important, et tel qu’on le mentionnait dans notre dernier numéro, les obligations ont recommencé à jouer un rôle stabilisateur dans les portefeuilles équilibrés. Elles constitueront une bonne police d’assurance au cas où la lutte contre l’inflation que mènent les banques centrales déclenche une récession, ce qui semble de plus en plus probable.