Les risques des placements à capital garanti

Avec la baisse subite des marchés boursiers et l’anxiété qu’elle cause chez de nombreux investisseurs, plusieurs institutions financières mettent présentement l’accent sur leurs certificats de placement garantis (CPG) ou billets de dépôt offrant un rendement lié à celui de la bourse (ou d’un « portefeuille de référence » composé de blue chips ou d’actions de banques, par exemple), mais assorti d’une garantie de retrouver votre capital à l’échéance. Le beurre et l’argent du beurre !

Évidemment, le concept est très attrayant, mais ces produits tiennent-ils leur promesse ? S’agit-il d’un placement intéressant ?

Pas de rendement sans risque

Afin de bien répondre à ces questions, on doit d’abord rappeler certaines règles cardinales des marchés financiers, dont sans doute la plus importante : il n’y a pas de rendement sans risque. Même ces bons vieux CPG non-rachetables ne sont pas sans risque. Si vous devez le liquider avant l’échéance, vous risquez de perdre l’intérêt couru.

Si les CPG dont le rendement est lié à celui de la bourse offrent un rendement plus élevé que les CPG ordinaires, c’est qu’ils comportent aussi un risque plus élevé.  D’abord, si vous liquidez votre placement avant l’échéance et que les marchés sont en baisse, votre perte serait encore plus importante que la baisse de marché. Même en conservant jusqu’à l’échéance, vous courrez le risque de ne recevoir aucun intérêt sur votre placement. Si l’inflation annuelle est de 2% sur le terme de 5 ans, c’est plus de 10% de votre pouvoir d’achat que vous aurez ainsi perdu. Pas exactement la recette pour une retraite confortable.

Alors, quel rendement peut-on attendre des CPG liés au marché boursier, et la garantie de capital qu’ils offrent est-elle vraiment utile?

Tout est dans les détails

Une autre règle cardinale en placement est qu’on ne doit pas investir dans un produit qu’on ne comprend pas. Et bien franchement, certains de ces CPG sont tellement complexes qu’il est difficile de les comprendre sans avoir de formation en finance! Complexes ou non cependant, ils partagent à peu près tous certaines caractéristiques qu’il est important de connaitre.

Premier détail important, ces produits n’offrent pas le rendement de la bourse mais plutôt un rendement « lié » à la bourse. Ça veut dire quoi ? D’abord, le rendement de ces CPG est généralement lié à l’évolution des cours boursiers, mais exclut les dividendes. La différence est fondamentale puisque les dividendes et leur réinvestissement constituent typiquement plus de 40 % du rendement boursier sur une période 5 ans. Sur 20 ans, c’est 60% du rendement qui provient des dividendes (résultat du rendement composé).

Portion du rendement du S&P 500 provenant des dividendes réinvestis, en moyenne, selon la durée du placement, de 1940 à 2011[1]
Durée du placement 1 an 3 ans 5 ans 10 ans 20 ans
% du rendement provenant des dividendes 27% 38% 42% 48% 60%

Si, comme la plupart des investisseurs, vous avez un horizon de placement de plus de 5 ans, c’est donc 40% à 60% du rendement potentiel que vous sacrifiez. En plus, le rendement sur ces CPG est généralement plafonné. Ça fait beaucoup de rendement perdu pour jouir de la garantie de capital qu’offrent ces CPG.

Incidemment, elle vaut quoi cette « garantie » ?

Garantie à l’échéance seulement

Autre détail important, ces CPG ne garantissent le capital qu’à l’échéance. Que se passe-t-il si vous avez besoin d’argent et souhaitez retirer votre capital avant l’échéance ? L’institution émettrice acceptera généralement de racheter le CPG à un prix qu’elle déterminera à son entière discrétion en fonction de l’évolution du marché. Ce prix sera cependant inférieur à la valeur du portefeuille de référence (c’est expliqué dans le détail des documents d’information sur ces CPG que, malheureusement, personne ne lit). Autrement dit, si vous devez liquider suite à une baisse de marché, non seulement ne recevrez-vous pas votre capital de départ, mais votre perte pourrait être supérieure à celle d’un placement boursier.

Une protection inutile

Si vous épargnez pour votre retraite, votre horizon de placement – la période durant laquelle vous détiendrez des actions et des obligations dans votre portefeuille – est de plusieurs décennies. En fait, même si vous avez 75 ans et que vous décaissez graduellement votre capital, votre horizon de placement est encore de 20 ans puisque votre espérance de vie est de plus de 95 ans ! Ce qui compte pour vous est donc que les actions et les obligations dans votre portefeuille continuent de verser des dividendes et de l’intérêt et que la valeur de vos actifs croisse à long terme (et le long terme, c’est 10 ou 20 ans, pas 3 à 5 ans). Les fluctuations à court terme ne vous affectent pas. Au contraire, elles sont d’excellentes opportunités d’acheter des actions à rabais.

Quelles sont les chances que la valeur d’un portefeuille équilibré d’actions et d’obligations subisse une baisse sur une longue période, disons de 10 ans ou plus ? La réponse est simple : ça n’est jamais arrivé dans l’histoire moderne des marchés financiers ! Même le plus malchanceux des investisseurs – qui a investi juste avant le crash de 1929 – a quand même réalisé un rendement annuel de 1,80% au cours des 10 années suivantes[2] avec son portefeuille équilibré. Les 2 seuls épisodes de rendements négatifs sur 5 ans sont survenus durant la Grande Dépression des années 1930.

Meilleures et pires périodes de rendement annuel d’un portefeuille équilibré 1927-20192,[3]
  5 ans 10 ans 20 ans
Meilleure période 20,1% 16,0% 14,8%
Pire période -5,4% 1,8% 3,5%

Ça va bien aller

Malgré la baisse des marchés boursiers, le portefeuille équilibré affiche un rendement annuel de près de 3,5% depuis 5 ans. En comparaison, le CPG lié à un portefeuille équilibré d’une grande institution financière n’a rapporté que 0,8% sur la même période. Pour un investissement initial de 10 000$, le portefeuille équilibré vaudrait aujourd’hui 11 840$, alors que le CPG ne vaudrait que 10 400$. Pour les prochains 5 ans, l’écart risque d’être encore plus grand puisque les actions sont présentement moins chères.

Votre conseiller financier a structuré votre portefeuille de façon à vous permettre d’atteindre vos objectifs à long terme, malgré les fluctuations de marchés comme celle que nous vivons actuellement. La politique de placement dont vous avez convenu avec elle/lui constitue votre « plan stratégique ». Tenez-vous en à ce plan et vous pourrez atteindre vos objectifs financiers. Cédez plutôt au marketing des institutions financières pour vous réfugier dans des CPG (liés ou non aux marchés) en période de tempête et vous manquerez inévitablement la remontée qui ramènera votre capital à son niveau de départ.

Votre portefeuille diversifié d’actions et d’obligations est le meilleur moyen de préserver et faire croitre votre capital. Ne vous en faites pas, ça va bien aller.

[1] Advisor Perspective, Dividends’ True Contribution to Total Return May Surprise You, mars 2016

[2] Portefeuille composé à 60% de l’indice S&P500 et 40% d’obligations à long terme du gouvernement américain

[3] Périodes continues de 5, 10 et 20 ans respectivement